 |
"C'est toujours très bouleversant lorsqu'à 16H00 Sol En Si me téléphone au boulot pour me demander d'aller chercher d'urgence un enfant à la sortie de l'école et de le ramener chez moi pour une période indéterminée. D'un seul coup, j'ai l'impression de rentrer dans une autre sphère. On passe de métro-boulot-dodo à prendre en charge un enfant qu'on ne connaît pas et qui vient d'être séparé de sa mère pour cause de maladie.
Alors le temps s'écoule très vite entre 16H00 et 18H00. La valse des questions commence. Penser aux courses. Penser à faire le lit. Penser aux médicaments. Aura-t-il des affaires de rechange? Est-ce que l'école sera prévenue? Pourvu qu'il se sente bien avec moi. Mais coûte que coûte, un pincement au coeur, on sera devant ladite école à 17H45. Et puis la rencontre arrive…
L'enfant semble soulagé d'être attendu mais reste sur ses gardes et se demande comment va se passer la soirée. On est tous les deux des inconnus l'un pour l'autre et nous allons faire un petit morceau de vie ensemble. On fait les courses. L'enfant aime le chocolat et bien sûr on en achèterait 15 tablettes pour essayer de lui faire oublier un moment sa douleur. L'arrivée à la maison me fait sourire : "comment ça, t'as qu'une télé, c'est nul !". On s'installe. On fait un chocolat chaud. On tente de parler de jeux, de dire qu'on va bien s'amuser à préparer le repas ensemble. Et puis on fait les devoirs. Le coucher reste très difficile. L'enfant est agité. Il ne veut pas prendre ses médicaments. Comment savoir si la situation particulière de son arrivée ici en est la cause ou non? Il finit par s'endormir après avoir lu une histoire à super-rallonge et avoir chanté quelques contines indispensables.
La première nuit est interminable, l'enfant dort mal et moi je ne dors pas du tout. J'imagine tout de lui, ne sachant rien, mais cela me rapproche de lui. Le lendemain, lever, p'tit dej, école. Au revoir difficile devant le perron à cet enfant triste sans sa mère, comme un oisillon tombé du nid. Je me ressaisis, ce soir sera un autre pas l'un vers l'autre. Les jours passent et effectivement on apprend à se connaître, rires et sourires, mais aussi pleurs et réprimandes.
Nos liens se tissent. Sa maman au téléphone dit qu'elle va mieux et on le constate effectivement à la première visite à l'hôpital. Il semble tellement heureux de la voir, cela lui donne un vrai sourire et à moi une vraie raison d'espérer.
A la fin de la deuxième semaine de vie commune, sa maman sort de l'hôpital. Aujourd'hui je l'emmène à l'école mais je ne viendrai pas le chercher, car par chance, c'est elle avec son authentique amour de mère qui l'attendra à l'école. Nous apprendrons à nous oublier l'un et l'autre. Le temps qui passe atténuera comme il peut ce pénible épisode que l'enfant aura malgré tout associé à la maladie de sa mère."
» Devenir Relais d'urgence |